MAROC 2035-2040 L'HEURE DES CHOIX – SURMONTER LES PARADOXES POUR BÂTIR L'AVENIR

Morocco Future Lab a construit six scénarios exploratoires possibles pour le future du Maroc

Économie & Industrie

Maroc 2026 : L’économie à la croisé des chemins

2026 place le Royaume à un carrefour inédit. Trois chocs simultanés redistribuent les cartes

YA

Youcef AZRGUI

Fondateur & Directeur Général, Morocco Future Lab

2 avril 2026

UNE DECENNIE DE TRANSFORMATION, UN MOMENT DE BASCULE

Le Maroc s’est engagé depuis plus de vingt ans dans une stratégie de modernisation économique fondée sur des infrastructures d’envergure (ports Tanger Med, autoroutes, LGV, énergies renouvelables) et des champions nationaux (OCP, ONCF, RAM, Maroc Telecom). Cette stratégie a porté ses fruits : le pays a gagné en compétitivité, attiré des investisseurs étrangers et renforcé sa stabilité dans un voisinage tourmenté.

Mais 2026 place le Royaume à un carrefour inédit. Trois chocs simultanés redistribuent les cartes :

  1. Le choc géopolitique : fermeture du détroit d’Ormuz, recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales, concurrence accrue entre blocs (États Unis, Chine, Europe).

  2. Le choc climatique : L'épisode pluvieux des derniers mois a été salutaire après sept années consécutives de sécheresse. Le stress hydrique est devenu structurel avec une pression quelquefois insoutenable sur l’agriculture et le monde rural.

  3. Le choc technologique : accélération de la transition énergétique, explosion de l’intelligence artificielle, exigence de décarbonation des industries.

Dans ce contexte, la trajectoire linéaire des deux dernières décennies n’est plus possible. Le Maroc doit faire des choix stratégiques clairs.

LES FRAGILITES QUE LA CROISSANCE A MASQUEES

Malgré des indicateurs macroéconomiques solides (PIB en croissance, déficit maîtrisé, réserves de change confortables), plusieurs vulnérabilités persistent :

  • Dépendance énergétique : plus de 90 % des besoins sont importés, exposant le pays aux tensions sur les prix.

  • Faible valeur ajoutée industrielle : le taux d’intégration locale dans l’automobile et l’aéronautique reste limité (30 40 %).

  • Marché du travail tendu : taux de chômage des jeunes supérieur à 20 %, informalité élevée.

  • Inégalités territoriales : les régions de l’intérieur et du Sud ne bénéficient pas du dynamisme des côtes atlantique et méditerranéenne.

Ces fragilités ne sont pas nouvelles, mais les chocs actuels les rendent plus dangereuses. Le risque n’est pas l’effondrement – le Maroc est résilient – mais l’enlisement dans un équilibre de moyenne performance : croissance molle, chômage chronique, émigration des talents.

TROIS BIFURCATIONS STRATEGIQUES POSSIBLE

Face à ce constat, le Maroc doit trancher trois grandes orientations :

  1. Modèle énergétique : poursuivre le tout renouvelable ou intégrer le nucléaire civil ? Les objectifs de 52 % d’énergies renouvelables en capacité installée d’ici 2030 sont ambitieux mais atteignables. Cependant, l’intermittence solaire et éolienne limite la décarbonation complète de l’industrie lourde. Plusieurs pays africains (Égypte, Afrique du Sud) et européens relancent le nucléaire. Le Maroc doit il ouvrir ce débat ?

  2. Souveraineté industrielle : rester dans les chaînes de valeur mondiales ou construire des filières autonomes ? Le modèle d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales (automobile, aéro, textile) a fonctionné, mais il expose aux décisions des donneurs d’ordre étrangers. L’hydrogène vert, les engrais durables et les mines stratégiques offrent la possibilité de construire des souverainetés de niche. Le Maroc doit choisir ses batailles.

  3. Innovation : imiter ou créer ? Le système national de recherche produit des résultats honorables, mais la valorisation économique reste faible. Le transfert de technologies (licences, coentreprises) est plus rapide, mais il ne construit pas de leadership à long terme. L’émergence de l’UM6P et des écosystèmes startups montre une voie, mais elle reste fragile.

LE MOMENT DE L’AUDACE

Le Maroc a déjà prouvé sa capacité à mener des réformes difficiles (code du travail, caisse de compensation, subventions). Le leadership politique est stable, la société civile dynamique, la diaspora compétente. La fenêtre d’opportunité est étroite :

  • L’Europe cherche des partenaires fiables pour l’hydrogène vert et les engrais. • Les États Unis veulent diversifier leurs chaînes d’approvisionnement.

  • L’Afrique a besoin d’un hub industriel et logistique crédible.

Le Maroc peut choisir la prudence – consolider les acquis, attendre que les tempêtes passent. Mais la prudence, dans un monde en bascule, est souvent plus risquée que l’audace.

Notre conviction : le Maroc dispose des atouts, des talents et du capital politique pour saisir cette fenêtre. Encore faut il oser les réformes de deuxième génération (éducation, fiscalité, concurrence) et investir dans les technologies de rupture.

L’économie marocaine est à la croisée des chemins. Le prochain quinquennat décidera si le pays devient une puissance moyenne émergente ou reste une économie à revenu intermédiaire prisonnière de ses rentes.