MAROC
2035–2040
L'Heure des Choix — Surmonter les paradoxes pour bâtir l'avenir
Le premier rapport prospectif de Morocco Future Lab analyse les forces et les fragilités du Maroc à l'horizon 2035-2040, et construit six scénarios contrastés pour éclairer les choix stratégiques des décideurs publics, des entreprises et de la société civile.
« Un pays qui anticipe est un pays qui se donne les moyens de choisir son destin. »
— Youcef Azrgui, Morocco Future Lab, Rabat, Mars 2026
Le paradoxe marocain
En 2026, le Maroc offre le visage d'une nation à la croisée des chemins. D'un côté, les indicateurs macroéconomiques et stratégiques sont au vert : premier exportateur automobile d'Afrique avec plus de 700 000 véhicules par an, hub logistique mondial via Tanger Med, leader africain des énergies renouvelables. La Banque mondiale qualifie le Royaume de « pôle régional de connectivité et de croissance ».
Pourtant, derrière cette vitrine flatteuse, les indicateurs sociaux envoient des signaux d'alarme. Le taux de chômage national reste obstinément élevé à 13 %, et atteint 37,2 % chez les jeunes de 15 à 24 ans. Le chômage frappe d'abord les diplômés (19,1 %) et les femmes (20,5 %). La fracture territoriale, loin de se résorber, semble se creuser.
Ce paradoxe est résumé par une observation de Yasmina Asrarguis (Princeton) : « Le Maroc fait partie de ces États où la vision devance l'administration. » L'ambition stratégique, portée au plus haut niveau de l'État, est claire. Mais sa traduction sur le terrain se heurte à des inerties administratives et à des capacités institutionnelles encore insuffisantes.
C'est ce paradoxe — une économie qui attire, des institutions qui peinent à suivre — qui constitue le fil rouge de ce rapport. À l'horizon 2035-2040, le Maroc devra naviguer entre plusieurs tensions fondamentales : accélération économique vs inclusion sociale, ambition nationale vs capacité d'exécution, ouverture internationale vs cohésion interne.
« IL N'Y A DE PLACE, NI AUJOURD'HUI, NI DEMAIN POUR UN MAROC À DEUX VITESSES »
— Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Discours du Trône 2025Le Maroc en données
Six points clés
Une accélération économique incontestable
Le Maroc a rejoint le club des nations émergentes les plus dynamiques : premier exportateur automobile d'Afrique, hub logistique mondial via Tanger Med, leader africain des énergies renouvelables. La Banque mondiale qualifie le Royaume de « pôle régional de connectivité et de croissance ».
Un paradoxe social persistant
Malgré 193 000 emplois créés en 2024-2025, le chômage des jeunes atteint 37,2 % et celui des diplômés 19,1 %. Le sous-emploi touche 1,2 million de personnes. La fracture territoriale s'approfondit : l'emploi urbain progresse mais l'emploi rural recule.
La transition énergétique comme levier
Avec un objectif de 52 % d'énergies renouvelables d'ici 2030, le Maroc s'impose comme hub de l'industrie décarbonée. La filière batteries électriques, l'hydrogène vert et la synergie avec OCP dessinent un écosystème industriel intégré de classe mondiale.
Un positionnement géopolitique stratégique
Le Maroc joue simultanément sur plusieurs tableaux : partenariat stratégique UE, diplomatie africaine via OCP et l'Initiative Atlantique, rapprochement avec les États-Unis sur les minerais critiques, et Coupe du Monde 2030 comme accélérateur de transformation nationale.
La diaspora, un actif sous-exploité
5 millions de Marocains à l'étranger envoient 122 milliards de dirhams par an (8 % du PIB). Leur mobilisation comme investisseurs, ambassadeurs et vecteurs de transfert de compétences constitue un levier stratégique majeur encore insuffisamment activé.
Le défi de la gouvernance
« La vision devance l'administration » (Yasmina Asrarguis, Princeton). L'ambition stratégique est claire, mais sa traduction sur le terrain se heurte à des inerties administratives. Le GEFRI positionne la gouvernance marocaine à seulement 44,06/100 — principal point de vigilance.
Les six scénarios
Ni prévisions, ni souhaits — des futurs possibles pour éclairer les choix d'aujourd'hui.
Les cinq leviers d'action prioritaires
La révolution des compétences
Aligner le système éducatif sur les besoins du marché du travail, développer la formation professionnelle et réduire le chômage des diplômés.
L'amélioration du rendement de l'investissement
Passer d'un investissement public massif à un investissement privé productif, en portant la part du privé de 1/3 à 2/3 d'ici 2035.
La transformation numérique
Accélérer la digitalisation de l'économie et de l'administration pour gagner en compétitivité et réduire les coûts de transaction.
La mobilisation de la diaspora
Transformer les 5 millions de Marocains à l'étranger en investisseurs, ambassadeurs et vecteurs de transfert de compétences.
La gouvernance et le capital immatériel
Renforcer la qualité des institutions, la confiance des citoyens et la capacité d'exécution de l'administration publique.
Table des matières
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Accès libre et gratuit. Disponible en français et en anglais. 17 chapitres, 6 scénarios, 40+ sources.