MAROC 2035-2040 L'HEURE DES CHOIX – SURMONTER LES PARADOXES POUR BÂTIR L'AVENIR

Morocco Future Lab a construit six scénarios exploratoires possibles pour le future du Maroc

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Le Maroc et l’éveil Africain

<h2><strong>Résumé exécutif</strong></h2><p>L’Afrique connaît une transformation profonde. D’ici 2035, les exportations totales du continent devraient atteindre <strong>952 milliards de dollars</strong>, la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf) offrant le potentiel d’augmenter ce chiffre de <strong>29 % supplémentaires</strong> . Les échanges intra‑africains devraient croître pour atteindre <strong>140 milliards de dollars</strong>, soit 15 % des exportations totales du continent .</p><p>Pour le Maroc, cette transformation représente une opportunité stratégique de premier ordre. Le Royaume est idéalement placé pour devenir un pilier central de la vision « Made in Africa » – en mettant à profit ses infrastructures avancées, sa capacité industrielle et sa position géographique stratégique pour servir de passerelle entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne .</p><p>S’appuyant sur le rapport <em>Future of Trade: Africa – Spotlight on the African Continental Free Trade Area</em> de Standard Chartered et le <em>Trend Compendium 2050</em> de Roland Berger, cette note présente les mégatendances qui façonnent l’essor de l’Afrique et le rôle distinctif du Maroc dans la transformation de l’ambition continentale en réalité économique.</p><p></p><h2><strong>Partie I : L’éveil africain – les mégatendances qui façonnent le continent</strong></h2><h3><strong>1.1 La dynamique démographique</strong></h3><p>L’Afrique est le continent dont la croissance démographique est la plus rapide au monde. D’ici 2050, la population mondiale atteindra 9,7 milliards d’habitants, l’Afrique affichant la plus forte croissance tandis que la plupart des pays développés verront leur population décliner . Ce dividende démographique – une population active croissante et un marché de consommation en expansion – crée une demande sans précédent en infrastructures, en produits industriels et en services modernes .</p><p>Les implications sont claires : l’Afrique devra construire des villes, équiper des industries et nourrir une population en croissance rapide. Les pays capables de répondre à ces besoins – à la fois comme producteurs et comme partenaires dans le développement des capacités locales – captureront une valeur économique significative.</p><h3><strong>1.2 La ZLECAf comme catalyseur structurel</strong></h3><p>La Zone de libre‑échange continentale africaine représente l’initiative de libéralisation commerciale la plus ambitieuse depuis la création de l’Union européenne. Son potentiel est considérable :</p><ul class="list-disc pl-6"><li class="my-1"><p><strong>Des règles d’origine communes</strong> accorderont à l’ensemble des 54 États membres un accès préférentiel aux marchés les uns des autres, contribuant à surmonter l’« enchevêtrement d’accords » régionaux qui fragmentent actuellement le commerce africain .</p></li><li class="my-1"><p><strong>L’optimisation des chaînes d’approvisionnement</strong> : en permettant des chaînes de valeur à plus forte valeur ajoutée et des exportations plus diversifiées, la ZLECAf offre aux États membres la possibilité de réduire leur dépendance historique aux produits de base et de réaliser des progrès significatifs vers plusieurs objectifs de développement durable .</p></li></ul><p>Cependant, des obstacles importants subsistent. Une enquête menée auprès de plus de 100 dirigeants d’entreprises africaines pour le rapport Standard Chartered a révélé que :</p><ul class="list-disc pl-6"><li class="my-1"><p><strong>63 %</strong> citent des règles commerciales complexes et incertaines comme un défi majeur.</p></li><li class="my-1"><p><strong>53 %</strong> mentionnent des infrastructures de transport sous‑développées.</p></li><li class="my-1"><p><strong>51 %</strong> identifient des facilitateurs commerciaux inefficaces.</p></li><li class="my-1"><p><strong>46 %</strong> pointent un accès limité ou coûteux au capital.</p></li></ul><p>De manière encourageante, <strong>90 % des répondants estiment que la ZLECAf peut résoudre la plupart de ces problèmes</strong> . L’accord intègre déjà des mécanismes tels qu’un cadre de suivi et une initiative de commerce guidé pour accélérer sa mise en œuvre.</p><h3><strong>1.3 L’évolution des schémas commerciaux mondiaux</strong></h3><p>Le Trend Compendium de Roland Berger souligne un changement fondamental : avant la crise financière de 2008‑2009, le commerce mondial croissait nettement plus vite que le PIB mondial. Depuis, les deux taux de croissance ont convergé. La mondialisation a ralenti, en partie à cause de l’augmentation des restrictions commerciales, et de nombreux pays et entreprises cherchent à diversifier leur base de fournisseurs pour éviter les dépendances unilatérales .</p><p>Pour l’Afrique, ce changement est une opportunité. Alors que les chaînes d’approvisionnement traditionnelles sont réévaluées, le continent peut se positionner comme un partenaire fiable pour les matières premières, les produits agricoles et – de plus en plus – les produits manufacturés. Les corridors reliant l’Afrique aux régions dynamiques devraient croître plus rapidement que la moyenne mondiale de 4,3 %, le corridor <strong>Afrique de l’Est‑Asie du Sud</strong> affichant une croissance annuelle projetée de 7,1 % jusqu’en 2035 .</p><h3><strong>1.4 L’impératif de la digitalisation</strong></h3><p>La digitalisation est un facteur essentiel pour le commerce intra‑africain. Le rapport Standard Chartered démontre que l’adoption de solutions digitales de financement de la chaîne d’approvisionnement pourrait débloquer <strong>34 milliards de dollars de valeur d’exportation</strong> dans cinq marchés africains clés d’ici 2035 . Presque tous les répondants (97 %) se sont déclarés intéressés par ces solutions, bien que des contraintes de ressources, des lacunes technologiques et des problèmes d’interopérabilité demeurent des obstacles.</p><h2><strong>Partie II : Le positionnement stratégique du Maroc – de puissance nord‑africaine à hub continental</strong></h2><h3><strong>2.1 Un rôle reconnu dans l’intégration africaine</strong></h3><p>La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) a explicitement identifié le Maroc comme le pays ayant le « plus grand potentiel pour bénéficier de la ZLECAf » . Selon Adam Elhiraika, Directeur du bureau de la CEA, le Maroc est « appelé à jouer un rôle central dans le commerce intra‑africain » en consolidant ses capacités industrielles et en renforçant ses échanges avec ses partenaires africains .</p><p>Cette reconnaissance n’est pas le fruit du hasard. Le Maroc a investi de manière constante dans :</p><ul class="list-disc pl-6"><li class="my-1"><p><strong>Les infrastructures</strong> : ports, autoroutes et, de plus en plus, énergies renouvelables et connectivité numérique .</p></li><li class="my-1"><p><strong>L’éducation et le développement des compétences</strong> : la construction du capital humain nécessaire pour soutenir les industries avancées .</p></li><li class="my-1"><p><strong>Les partenariats continentaux</strong> : la signature d’accords et le lancement d’initiatives visant à connecter le marché marocain au reste de l’Afrique .</p></li></ul><h3><strong>2.2 Les avantages concurrentiels pour la vision « Made in Africa »</strong></h3><p>La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a formulé une vision claire : le Maroc s’affirme comme un hub stratégique pour la production « Made in Africa » . Les avantages concurrentiels du Royaume incluent :</p><p><strong>AtoutImplication stratégiqueInfrastructures avancées et large connectivité aérienne</strong>Permet au Maroc de servir de plateforme logistique et de distribution pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.<strong>Institutions financières marocaines présentes dans 26 pays africains</strong>Offre des capacités de financement et d’investissement sur l’ensemble du continent, soutenant les chaînes de valeur régionales.<strong>Un écosystème d’investissement continental bien établi</strong>Les entreprises marocaines possèdent une expérience approfondie des marchés africains, réduisant la courbe d’apprentissage pour les nouveaux investissements.<strong>Un secteur manufacturier en croissance rapide</strong>Positionne le Maroc pour fournir des produits transformés, réduisant la dépendance de l’Afrique aux importations de produits manufacturés .</p><h3><strong>2.3 Le partenariat Nigéria‑Maroc : un modèle d’intégration bilatérale</strong></h3><p>La preuve la plus concrète du rôle continental du Maroc est l’approfondissement des relations économiques avec le Nigéria, la première économie d’Afrique. Le potentiel commercial bilatéral entre les deux pays est estimé entre <strong>7 et 10 milliards de dollars</strong>, mais une grande partie de cette opportunité reste inexploitée .</p><p>La deuxième Semaine d’affaires Nigéria‑Maroc, organisée en février 2026 à Lagos, Kano et Abuja, a marqué un passage du dialogue à l’exécution. Les principaux axes de ce partenariat sont :</p><ul class="list-disc pl-6"><li class="my-1"><p><strong>La concentration sur des secteurs stratégiques</strong> : agriculture, engrais, énergies renouvelables, industrie manufacturière, commerce numérique et infrastructures.</p></li><li class="my-1"><p><strong>Le B2B matchmaking</strong> : la mise en relation directe des acheteurs nigérians et des grands importateurs avec les producteurs et transformateurs marocains.</p></li><li class="my-1"><p><strong>La valeur ajoutée et le transfert de technologie</strong> : le passage du commerce de produits de base à la construction de chaînes de valeur industrielles intégrées dans le cadre des règles de la ZLECAf.</p></li></ul><p>La capacité marocaine en matière d’engrais est particulièrement cruciale pour l’agenda de transformation agricole du Nigéria. En tant que producteur leader de phosphates et d’engrais, le Maroc peut aider le Nigéria à améliorer sa productivité agricole et à remédier aux pénuries d’intrants – un exemple classique de complémentarité entre l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest .</p><h3><strong>2.4 Le souverain des engrais comme atout continental</strong></h3><p>L’opportunité stratégique que le Maroc a développée dans le domaine des engrais durables – détaillée dans notre rapport précédent – répond directement aux besoins de l’Afrique. Le continent reste fortement dépendant des engrais importés, alors même qu’il possède un potentiel agricole considérable. Les capacités marocaines en ammoniac vert et en phosphates peuvent servir de fondement à :</p><ul class="list-disc pl-6"><li class="my-1"><p><strong>La transformation agricole</strong> : fournir aux agriculteurs africains des engrais abordables, fiables et de plus en plus bas carbone.</p></li><li class="my-1"><p><strong>Le développement industriel</strong> : établir des installations locales de mélange et de formulation d’engrais sur tout le continent, créant des emplois et conservant la valeur ajoutée.</p></li><li class="my-1"><p><strong>La sécurité alimentaire</strong> : réduire l’exposition de l’Afrique aux marchés mondiaux volatils des engrais et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.</p></li></ul><p>Comme le souligne le rapport Standard Chartered, « mise en œuvre efficacement, la Zone de libre‑échange continentale africaine peut radicalement remodeler la croissance et le développement futurs » . L’industrie marocaine des engrais est un ancrage naturel pour cette transformation.</p><p></p><h2><strong>Partie III : Implications stratégiques – de l’opportunité à l’exécution</strong></h2><h3><strong>3.1 Ce que le Maroc doit faire</strong></h3><p>Les opportunités sont considérables, mais leur réalisation exige une action ciblée :</p><ol class="list-decimal pl-6"><li class="my-1"><p><strong>Accélérer l’intégration des infrastructures</strong> – Veiller à ce que les ports, les plateformes logistiques et les outils numériques marocains soient pleinement connectés aux marchés ouest‑africains et centrafricains. Le partenariat avec Maersk constitue une base solide ; il doit être étendu.</p></li><li class="my-1"><p><strong>Transformer les forums d’affaires en projets d’investissement</strong> – La Semaine d’affaires Nigéria‑Maroc a établi les relations. La prochaine étape est de passer des protocoles d’accord à des coentreprises opérationnelles, en particulier dans les domaines des engrais, de l’agro‑transformation et des énergies renouvelables.</p></li><li class="my-1"><p><strong>Tirer parti des institutions financières marocaines</strong> – Avec des banques déjà présentes dans 26 pays africains, le Maroc peut jouer un rôle catalyseur dans le financement des chaînes de valeur transfrontalières . Les institutions de financement du développement doivent être mobilisées pour réduire les risques des investissements.</p></li><li class="my-1"><p><strong>Renforcer la marque « Made in Africa »</strong> – Les produits marocains – qu’il s’agisse d’engrais, de produits alimentaires transformés ou de biens manufacturés – doivent être positionnés comme des produits africains, construits avec des ressources locales et une coopération régionale.</p></li><li class="my-1"><p><strong>S’attaquer aux obstacles persistants</strong> – Les inefficacités logistiques, les faibles liens commerciaux et l’intégration industrielle limitée entre l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest restent des contraintes . Ces défis nécessitent une attention soutenue de la part des gouvernements et du secteur privé.</p></li></ol><h3><strong>3.2 Ce que cela signifie pour Morocco Future Lab</strong></h3><p>Pour Morocco Future Lab, la convergence des mégatendances et la mise en œuvre de la ZLECAf créent un agenda riche pour la prospective stratégique. Les domaines de recherche prioritaires devraient inclure :</p><ul class="list-disc pl-6"><li class="my-1"><p><strong>La cartographie des chaînes de valeur régionales</strong> : Dans quels secteurs l’industrie marocaine peut‑elle s’intégrer le plus efficacement avec les marchés d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ?</p></li><li class="my-1"><p><strong>Les scénarios de mise en œuvre de la ZLECAf</strong> : Quelles sont les trajectoires plausibles et quelles implications pour la politique et l’investissement marocains ?</p></li><li class="my-1"><p><strong>La transition verte comme avantage concurrentiel</strong> : Comment la production marocaine d’engrais bas carbone peut‑elle être positionnée comme un atout stratégique pour la sécurité alimentaire de l’Afrique ?</p></li><li class="my-1"><p><strong>Les compétences et le développement de la main‑d’œuvre</strong> : Quels investissements en formation et en éducation sont nécessaires pour soutenir le rôle du Maroc en tant que hub industriel continental ?</p></li></ul><p></p><h2><strong>Conclusion</strong></h2><p>L’éveil de l’Afrique n’est pas une perspective lointaine – il est déjà en marche. D’ici 2035, les exportations du continent approcheront les 1 000 milliards de dollars, et les échanges intra‑africains auront considérablement augmenté . La ZLECAf fournit le cadre, et les mégatendances – croissance démographique, évolution des schémas commerciaux, digitalisation – fournissent l’élan.</p><p>Le Maroc n’est pas un simple spectateur de cette transformation. Il est, selon les Nations Unies, le pays ayant le « plus grand potentiel pour en bénéficier » et « appelé à jouer un rôle central » . Les infrastructures avancées du Royaume, sa capacité industrielle et sa position stratégique le placent comme un hub naturel pour la vision « Made in Africa » .</p><p>Le partenariat Nigéria‑Maroc, avec son potentiel de débloquer 10 milliards de dollars d’échanges, offre un modèle de ce qui est possible . Mais ce n’est qu’un exemple. Sur tout le continent, du Sénégal au Kenya, des opportunités existent pour construire des chaînes de valeur intégrées qui tirent parti des forces du Maroc et des besoins de l’Afrique.</p><p><strong><em>La fenêtre d’opportunité est ouverte – mais elle ne le restera pas indéfiniment. Comme le rappelle le Trend Compendium de Roland Berger, les mégatendances sont des « évolutions à long terme d’importance mondiale » qui « posent des défis majeurs pour la politique, la société et l’économie, mais offrent souvent aussi des opportunités considérables » . Pour le Maroc, le défi est d’agir avec urgence et clarté stratégiqu</em></strong>e.</p><p><strong>L’éveil de l’Afrique est en marche. Le Maroc doit répondre présent.</strong></p><hr><h2><strong>Références</strong></h2><ol class="list-decimal pl-6"><li class="my-1"><p>Standard Chartered. (2026). <em>Future of Trade: Africa – Spotlight on the African Continental Free Trade Area</em>.</p></li><li class="my-1"><p>Roland Berger. (2023). <em>Trend Compendium 2050: Six Megatrends That Will Shape the World</em>.</p></li><li class="my-1"><p>BusinessDay Nigeria. (2026, 4 février). <em>Nigeria–Morocco push to unlock $10bn trade</em>.</p></li><li class="my-1"><p>Vanguard. (2026, 3 février). <em>Nigeria–Morocco business week: FG, Morocco move to unlock $10bn trade potential</em>.</p></li><li class="my-1"><p>Assahifa. (2026, 12 février). <em>Nigeria Aims to Expand Bilateral Trade with Morocco to $10 Billion</em>.</p></li><li class="my-1"><p>APAnews. (2025, 11 décembre). <em>Morocco establishing itself as strategic hub for “made in Africa”</em>.</p></li><li class="my-1"><p>MapNews. (2025, 20 juin). <em>Morocco Set to Play Central Role in Intra-African Trade – UN Economic Commission for Africa</em>.</p></li></ol><hr><p><em>Cette note a été préparée par Morocco Future Lab sur la base de rapports et d’analyses accessibles au public. Pour toute information complémentaire, contactez : management</em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="mailto:[email protected]"><em>@moroccofuturelab.org</em></a></p>

Maroc 2026 : L’économie à la croisé des chemins

<p><strong>UNE DECENNIE DE TRANSFORMATION, UN MOMENT DE BASCULE</strong></p><p>Le Maroc s’est engagé depuis plus de vingt ans dans une stratégie de modernisation économique fondée sur des infrastructures d’envergure (ports Tanger Med, autoroutes, LGV, énergies renouvelables) et des champions nationaux (OCP, ONCF, RAM, Maroc Telecom). Cette stratégie a porté ses fruits : le pays a gagné en compétitivité, attiré des investisseurs étrangers et renforcé sa stabilité dans un voisinage tourmenté.</p><p>Mais 2026 place le Royaume à un carrefour inédit. Trois chocs simultanés redistribuent les cartes :</p><ol class="list-decimal pl-6"><li class="my-1"><p><strong>Le choc géopolitique</strong> : fermeture du détroit d’Ormuz, recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales, concurrence accrue entre blocs (États Unis, Chine, Europe).</p></li><li class="my-1"><p><strong>Le choc climatique </strong>: L'épisode pluvieux des derniers mois a été salutaire après sept années consécutives de sécheresse. Le stress hydrique est devenu structurel avec une pression quelquefois insoutenable sur l’agriculture et le monde rural.</p></li><li class="my-1"><p><strong>Le choc technologique</strong> : accélération de la transition énergétique, explosion de l’intelligence artificielle, exigence de décarbonation des industries.</p></li></ol><p>Dans ce contexte, la trajectoire linéaire des deux dernières décennies n’est plus possible. Le Maroc doit faire des choix stratégiques clairs.</p><p><strong>LES FRAGILITES QUE LA CROISSANCE A MASQUEES</strong></p><p>Malgré des indicateurs macroéconomiques solides (PIB en croissance, déficit maîtrisé, réserves de change confortables), plusieurs vulnérabilités persistent :</p><ul class="list-disc pl-6"><li class="my-1"><p><strong>Dépendance énergétique : </strong>plus de 90 % des besoins sont importés, exposant le pays aux tensions sur les prix.</p></li><li class="my-1"><p><strong>Faible valeur ajoutée industrielle :</strong> le taux d’intégration locale dans l’automobile et l’aéronautique reste limité (30 40 %).</p></li><li class="my-1"><p><strong>Marché du travail tendu :</strong> taux de chômage des jeunes supérieur à 20 %, informalité élevée.</p></li><li class="my-1"><p><strong>Inégalités territoriales :</strong> les régions de l’intérieur et du Sud ne bénéficient pas du dynamisme des côtes atlantique et méditerranéenne.</p></li></ul><p>Ces fragilités ne sont pas nouvelles, mais les chocs actuels les rendent plus dangereuses. Le risque n’est pas l’effondrement – le Maroc est résilient – mais l’enlisement dans un équilibre de moyenne performance : croissance molle, chômage chronique, émigration des talents.</p><p><strong>TROIS BIFURCATIONS STRATEGIQUES POSSIBLE</strong></p><p>Face à ce constat, le Maroc doit trancher trois grandes orientations :</p><ol class="list-decimal pl-6"><li class="my-1"><p><strong>Modèle énergétique :</strong> poursuivre le tout renouvelable ou intégrer le nucléaire civil ? Les objectifs de 52 % d’énergies renouvelables en capacité installée d’ici 2030 sont ambitieux mais atteignables. Cependant, l’intermittence solaire et éolienne limite la décarbonation complète de l’industrie lourde. Plusieurs pays africains (Égypte, Afrique du Sud) et européens relancent le nucléaire. Le Maroc doit il ouvrir ce débat ?</p></li><li class="my-1"><p><strong>Souveraineté industrielle </strong>: rester dans les chaînes de valeur mondiales ou construire des filières autonomes ? Le modèle d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales (automobile, aéro, textile) a fonctionné, mais il expose aux décisions des donneurs d’ordre étrangers. L’hydrogène vert, les engrais durables et les mines stratégiques offrent la possibilité de construire des souverainetés de niche. Le Maroc doit choisir ses batailles.</p></li><li class="my-1"><p><strong>Innovation : </strong>imiter ou créer ? Le système national de recherche produit des résultats honorables, mais la valorisation économique reste faible. Le transfert de technologies (licences, coentreprises) est plus rapide, mais il ne construit pas de leadership à long terme. L’émergence de l’UM6P et des écosystèmes startups montre une voie, mais elle reste fragile.</p></li></ol><p></p><p><strong>LE MOMENT DE L’AUDACE</strong></p><p>Le Maroc a déjà prouvé sa capacité à mener des réformes difficiles (code du travail, caisse de compensation, subventions). Le leadership politique est stable, la société civile dynamique, la diaspora compétente. La fenêtre d’opportunité est étroite :</p><ul class="list-disc pl-6"><li class="my-1"><p>L’Europe cherche des partenaires fiables pour l’hydrogène vert et les engrais. • Les États Unis veulent diversifier leurs chaînes d’approvisionnement.</p></li><li class="my-1"><p>L’Afrique a besoin d’un hub industriel et logistique crédible.</p></li></ul><p>Le Maroc peut choisir la prudence – consolider les acquis, attendre que les tempêtes passent. Mais la prudence, dans un monde en bascule, est souvent plus risquée que l’audace.</p><p></p><p><strong>Notre conviction </strong>: le Maroc dispose des atouts, des talents et du capital politique pour saisir cette fenêtre. Encore faut il oser les réformes de deuxième génération (éducation, fiscalité, concurrence) et investir dans les technologies de rupture.</p><p><strong><em>L’économie marocaine est à la croisée des chemins. Le prochain quinquennat décidera si le pays devient une puissance moyenne émergente ou reste une économie à revenu intermédiaire prisonnière de ses rentes.</em></strong></p>